À deux mois des municipales, Marine Le Pen et le RN plus conquérants que jamais

Capture d'écran X RN
Capture d’écran X RN
Dans deux mois, le premier tour aura eu lieu, et ce sera la bataille pour le second, un second tour où, pour la première fois de son histoire, le RN sera massivement présent. En effet, ces municipales 2026 seront historiques. Pour la France, elles donneront une dernière image des rapports de force avant les grands scrutins de 2027 (ou d’avant). Et, pour le RN, l’on peut dire sans se risquer qu’il les a, d’une certaine façon, déjà gagnées: pour ce scrutin qui lui était particulièrement difficile, où il peinait à constituer des listes, il va présenter un nombre record de listes. Sébastien Chenu le disait il y a quelques jours à franceinfo : « On va déposer 650 listes, à peu près, aux élections municipales, ce qui est du jamais vu », assure-t-il. C’était environ 400 en 2020, et 600 en 2014. Pourquoi, au-delà de cette première victoire, cette implantation peut-elle aussi déboucher sur de réels succès ?

Les fruits du travail des députés RN

Une conquête nationale – en dehors de l’exception Macron – est toujours le fruit de patientes implantations locales : la victoire de Mitterrand s’est faite sur le succès du PS aux municipales. De même pour Chirac. Mais inversement, ces municipales, si elles constitueront un tremplin pour la présidentielle, bénéficient déjà des précédents succès du RN, aux législatives de 2022 et 2024 et aux européennes. Le RN peut ainsi compter sur ses 122 députés de 2024, activement engagés dans leur circonscription pour former et soutenir des listes. Mieux, ils sont, d’après le décompte de franceinfo,  trente à avoir pris la tête d’une liste. Sur ce plan, c’est le parti le plus conquérant ! Et c’est un signe. Derrière les leaders bien connus Allisio à Marseille et Laure Lavalette à Toulon, sans oublier l’allié Ciotti à Nice, qui convoitent des grandes villes,  il faut mentionner, sans être exhaustif, l’ancien officier de Légion Marc de Fleurian à Calais (Pas-de-Calais), Aurélien Lopez-Liguori à Agde (Hérault), Christophe Barthès à Carcassonne ou encore Alexandra Masson à Menton (Alpes-Maritimes).

Le phénomène est intéressant : le RN se bat sur tous les fronts, celui des grandes métropoles, avec Nice, des grandes villes, mais aussi des petites villes. Là encore, l’enjeu est crucial pour 2027. Autre nouveauté importante : le RN va au combat dans des villes et des régions qui ne lui étaient pas historiquement favorables, par exemple dans les trois grandes villes du Lot-et-Garonne, un département rural où il enregistre certes des succès, mais où les villes lui échappent encore. Ainsi, il a su fédérer et présenter des listes crédibles à Marmande (Jean-Louis Dubourg, soutenu par le député RN Hélène Laporte), à Villeneuve-sur-Lot (liste menée par Geoffroy Gary, ex-Reconquête aujourd’hui IL bien implanté) et Agen (Sébastien Delbosq). Bien sûr, la loi du combat électoral est dure et faire basculer une ville – petite comme grande – relève de l’exploit, mais il y aura, dès le soir du premier tour, des millions de voix en faveur de ces listes, et des élus dans les conseils municipaux et donc des grands électeurs pour les sénatoriales (le Sénat sera renouvelé pour moitié à l’automne). Ensuite, la prise d’une ou de plusieurs grandes villes, comme Marseille ou Nice, constituerait un symbole fort. Pour le RN donc, pas de défaite, mais une victoire à plusieurs niveaux.

Une dynamique portée par les deux locomotives Le Pen et Bardella

Cette dynamique en faveur du RN et de ses alliés (UDR, RPR, etc.) est alimentée par les popularités insolentes de ses deux leaders. Une popularité que rien ne semble abattre : ni la menace judiciaire pour Marine Le Pen, ni les attaques contre Bardella visant tantôt sa jeunesse et son inexpérience, tantôt sa vie privée. Ainsi le dernier baromètre Ipsos BVA-Cesi école d’ingénieurs La Tribune Dimanche enregistre une nouvelle progression de duo RN : Bardella s’offre un +2 à 35 %, et Marine Le Pen un +3 à 33 %. De quoi faire réfléchir, au passage, les auteurs de ces attaques. Mais, plus intéressant, cette course en tête s’accompagne d’une relégation des représentants du bloc central : en effet, pour la première fois, Darmanin, Philippe et Retailleau sont dépassés par…Marion Maréchal, qui gagne 5 points, à 23 %. Cela révèle, par delà les différences d’approche, la stratégie gagnante d’union des droites, défendue par les trois leaders, chacun à sa façon, et qui se concrétise partout dans la constitution des listes pour les municipales.

Marine Le Pen lance le combat à Marseille

Vendredi soir, Marine Le Pen a véritablement lancé la campagne nationale des municipales en allant soutenir Franck Allisio à Marseille. Le timing était le bon. C’était justement le soir où Lecornu faisait une nouvelle apparition officielle pour révéler la facture de son « compromis » avec le PS : l’ironie était facile, et Marine Le pen ne s’en est pas privée, qualifiant Lecornu de « Caliméro » trouvant trop injuste que les « oppositions s’opposent ! » Bon timing aussi car la dernière étude Ipsos, publiée par La Marseillaise, donne 30 % des voix au premier tour à Allisio. Une véritable dynamique qui le met à égalité avec le maire sortant, Benoît Payan, leader du Printemps marseillais. « Avec les passages télé, les réseaux sociaux, Franck commence à combler son déficit de notoriété. Et des soirées comme celle-ci y contribuent fortement », selon le conseiller départemental RN Cédric Dudieuzère, cité par Le Monde.

Le lendemain, samedi, on apprenait que le RN, poursuivant cette dynamique de conquête, venait d’investir le député au Parlement européen Julien Sanchez, responsable national pour les municipales, ancien maire de Beaucaire, comme tête de liste à Nîmes (Gard), avec ce slogan choc, à même de mobiliser l’électorat  de la droite et du centre : « Le prochain maire sera communiste ou Rassemblement national ». Une nouvelle version de la célèbre phrase de Malraux, qui devrait parler aux gaullistes : « Entre les communistes et nous, il n’y a rien ». Et s’appliquer peut-être au-delà des municipales nîmoises, en cas de duel RN-Mélenchon en 2027 ?

Frédéric Sirgant

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