L’Orient d’avant l’islam : découverte d’une église du Ve siècle en Irak

@Wikimedia commons
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Au cœur des terres qui forment aujourd’hui l’Irak, une découverte archéologique récente met en lumière une histoire souvent méconnue du grand public : celle d’un christianisme ancien et profondément enraciné avant l’ère islamique. La mise au jour des vestiges d’une église datant du Ve ou du début du VIe siècle, à Gird-î Kazhaw, dans le Kurdistan irakien, par des archéologues de l’Uuniversité Goethe de Francfort et de l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg, permet de reconstituer une époque où plusieurs religions, dont le christianisme, vivaient côte à côte en Orient, bien avant l’ascension de l’islam.

Des vestiges de l’Antiquité tardive

Les fouilles entreprises sur le site de Gird-î Kazhaw ont mis en évidence les structures d’un édifice religieux construit vers l’an 500 après Jésus-Christ. Les restes de piliers en pierre, la disposition architecturale en trois nefs et surtout la présence de fragments de poterie ornés d’une croix de Malte attestent que ce bâtiment n’était rien moins qu’une église chrétienne organisée selon les canons architecturaux de l’Antiquité tardive.

Ce lieu de culte a été trouvé à une distance très rapprochée d’un autre ensemble architectural ayant vraisemblablement appartenu à un temple zoroastrien. Le zoroastrisme, religion née en Iran entre le deuxième et le premier millénaire avant Jésus-Christ et encore pratiqué aujourd’hui par quelques milliers de fidèles, est fondé sur l’enseignement du prophète Zoroastre, également appelé Zarathoustra. Centré sur le culte d’Ahura Mazda, divinité suprême associée à la vérité et à la lumière, il repose sur une vision dualiste du monde opposant le bien et le mal et accorde une place centrale au libre arbitre de l’homme. Devenu religion officielle du dernier grand Empire perse, l’empire sassanide, à partir du IIIe siècle, le zoroastrisme structurait profondément la vie politique, sociale et religieuse des territoires qu’il dominait, dont la Mésopotamie.

La proximité de ces deux édifices religieux étonne alors les historiens. Elle suggère qu’une coexistence pacifique entre chrétiens et zoroastriens était possible, au sein d’une même communauté. Pour approfondir cette hypothèse, les archéologues ont annoncé leur intention de poursuivre les recherches en se concentrant « sur l’infrastructure économique, cette fois en utilisant des méthodes archéométriques, notamment l’archéobotanique, la zoologie et l’anthropologie médico-légale. L’objectif est d’étudier à quoi ressemblait la vie à l’intérieur des murs fouillés. »

Une terre chrétienne avant une terre d’islam

La force de cette découverte réside également dans ce qu’elle révèle d’un Proche-Orient profondément pluriel sur le plan religieux avant l’islam. Aux Ve et VIe siècles, le christianisme était alors en plein essor. Implanté dès les premiers siècles après la naissance du Messie, il s’était structuré en plusieurs Églises orientales, notamment l’Église de l’Orient, très active en Mésopotamie et au-delà.

Cette présence chrétienne ancienne est également confirmée par de nombreux autres sites archéologiques. Le monastère de Saint-Élie fondé vers 582 près de Mossoul, les vestiges chrétiens de la plaine de Ninive, les églises découvertes dans le nord de la Syrie, mais aussi les monastères mis au jour récemment dans le golfe Persique, comme à Sir Bani Yas, témoignent de l’ampleur de l’implantation chrétienne en Orient avant le VIIe siècle.

Malheureusement, certains groupes, comme Daech, cherchent délibérément à faire disparaître ces vestiges. Leur destruction méthodique ne relève pas alors seulement du fanatisme religieux mais d’une volonté idéologique d’effacer toute trace d’un passé gênant leur projet. En effet, ces pierres sont porteuses d’une culture, d’une histoire et d’une mémoire qui rappellent que le Moyen-Orient n’a pas toujours été terre d’islam. En révélant l’existence ancienne et enracinée du christianisme, elles contredisent un récit exclusif et dérangeant pour ceux qui prétendent imposer une vision unique de l’histoire et de l’identité de la région.

Un héritage tangible mais en danger

L’importance de l’église découverte à Gird-î Kazhaw ne se limite donc pas seulement à son ancienneté. Elle rappelle que le christianisme fut longtemps une religion majeure du Moyen-Orient, solidement enracinée dans ses territoires, bien avant l’islam. Ces vestiges silencieux témoignent d’un passé où l’Orient n’était pas musulman mais chrétien ou autre.

Replacer cette découverte dans son contexte historique, c’est reconnaître que le christianisme oriental fut une force locale, avant de céder progressivement la place à l’islam conquérant. Un rappel essentiel à l’heure où les chrétiens d’Orient continuent de subir des persécutions mais aussi un effacement progressif de leur histoire et de leur culture sur ces terres qui ont vu naître et croître le christianisme.

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