D’où vient la décadence ?

Un vingt-cinquième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, extrait de La réforme sociale en France de Frédéric Le Play.

C’est la corruption des mœurs et des idées qui, dans tous les temps, a provoqué la décadence, puis souvent la ruine des nations. Toutefois, le mal actuel présente un caractère particulier : il réside dans les idées plus que dans les mœurs, dans l’erreur plus que dans le vice.

L’erreur, alors même qu’elle est propagée avec de bonnes intentions, peut devenir plus funeste que le vide.

Plus je réfléchis, plus je suis consterné de la masse d’idées fausses dans lesquelles nous nous noyons ; plus je comprends cette décadence absolue de tant de peuples que nous retrace l’Histoire. C’est l’erreur, encore plus que le vice, qui les a perdus. Le grand mal vient des sophistes qui se font une renommée, en donnant une forme acceptable, persuasive, entraînante, à l’erreur.

La première erreur des lettrés qui nous ont poussés vers l’abîme des révolutions est d’avoir inventé la matière de leurs enseignements, au lieu de la chercher dans les constantes traditions d genre humain. Or, l’esprit de nouveauté, fécond dans l’ordre matériel, n’offre que des dangers dans l’ordre moral.

Les erreurs inextricables au milieu desquelles nous vivons dérivent, en général, d’une même cause. La plupart des écrivains auxquels le public demande à tort ses notions d’histoire sont loin d’être des historiens ; et l’on s’étonnera un jour qu’ils aient pu momentanément recevoir ce titre. Ils ne se proposent guère, en effet, d’exposer les vérités de la science ; ils ne tendent, à vrai dire, qu’à amuser ou à flatter leurs lecteurs. Pour atteindre ce but, ils ont habituellement recours à trois procédés : ils passent sous silence les faits, peu dramatiques, qui se rattachent à la pratique du bien et qui font naître la prospérité ; ils s’appesantissent, au contraire, sur les entreprises conseillées par l’esprit du mal ; ils s’appliquent à les rendre attrayantes, tant qu’elles ont pour elles l’éclat et le succès ; puis, quand le récit arrive aux catastrophes, ils attribuent la décadence, non aux hommes ou aux choses qui ont été l’objets de leurs prédilections, mais à une fatalité qui pèserait successivement sur toutes les nations et sur toutes les races.

Heureusement, les esprits éminents ont enfin aperçu ce triste état de l’Histoire. Imitant ceux qui cultivent les sciences exactes, et indifférents au suffrage d’un public frivole, ils se dévouent à fonder leur science sur les traces authentiques du passé. Ces vrais historiens figurent au nombre des gloires les plus solides de notre époque. Ils ne s’adressent guère jusqu’à présent qu’aux hommes studieux ; mais, à la longue, leurs travaux ne manqueront pas de renouveler à fond l’opinion égarée.

Les novateurs les plus dangereux de notre temps sont ceux qui prétendent améliorer nos institutions sans avoir égard au passé.

https://www.actionfrancaise.net/2026/01/17/dou-vient-la-decadence/

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