Vous avez aimé l’arnaque du Mercosur ? Vous allez adorer l’accord à venir avec l’Inde

L’accord avec le Mercosur (marché commun sud-américain) n’est pas encore définitivement signé – Ursula von der Leyen doit le parapher le 17 janvier au Paraguay – que son grand bénéficiaire européen, Friedrich Merz, a déjà l’esprit ailleurs. En l’occurrence en Inde, pays le plus peuplé du monde (1,4 milliard d’habitants) et 5e PIB mondial, où de juteuses occasions se présentent pour l’économie germanique.

Un axe Berlin – New Dehli

Le chancelier allemand, qui s’est envolé le 11 janvier pour Ahmedabad (au nord-ouest de l’Inde, dans la province du Gujarat), ne cache pas son intention de gagner sur deux tableaux. Parti pour plusieurs jours avec 25 chefs d’entreprise allemands, il compte bien renforcer les échanges bilatéraux avec un pays dont l’Allemagne est déjà le principal partenaire économique européen, avec un volant d’affaires d’environ 50 milliards d’euros. Selon la Deutschlandfunk, 27 mémorandums auraient déjà été signés, concernant plusieurs secteurs stratégiques, dont la santé et les terres rares. « Le pays offre aux entreprises allemandes de grandes occasions en termes d’innovation, de commerce et de diversification des chaînes d’approvisionnement », s’est enthousiasmé un porte-parole du gouvernement allemand. Au-delà des perspectives économiques qu’ils ouvrent, ces accords bilatéraux tombent à pic pour l’Allemagne, qui cherche à se libérer de l’emprise chinoise pour ses approvisionnements stratégiques en terres rares et puces électroniques, notamment.

La visite de Friedrich Merz fait suite à l’accord de libre-échange passé en mai dernier entre l’Inde et le Royaume-Uni, mais surtout à l’accord passé avec Vladimir Poutine pour la livraison de pétrole russe à l’Inde.

L’Inde a besoin d’exporter en Europe

Et c’est ce dernier qui a en réalité bousculé l’agenda de Berlin vis-à-vis de New Delhi. La décision de l’Inde de se fournir en or noir auprès de Moscou a en effet provoqué une colère de la même couleur chez Donald Trump, lequel a immédiatement décidé de relever les droits de douane sur les importations américaines de produits indiens, pouvant aller jusqu’à 50 %. Privé de nombreux débouchés chez l’Oncle Sam, le gouvernement indien est donc actuellement très sensible aux attentions manifestées à son égard par les Allemands, et plus largement par les Européens. Voilà donc aussi pourquoi, doublement intéressé, Friedrich Merz s’est empressé de signer des accords bilatéraux avec Narendra Modi, son homologue indien, mais plaide aussi pour la signature rapide d’un accord d’échanges économiques entre l’Inde et l’Union européenne, dont il serait le grand bénéficiaire, comme c’est déjà le cas pour le Mercosur. Le chancelier allemand n’a d’ailleurs pas hésité à faire le lien entre les deux, estimant que la signature de l’accord avec le Mercosur constitue un « signe encourageant pour poursuivre sur la voie des accords de libre-échange » avec d’autres pays, dont l’Inde. L’UE est déjà aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Inde. Les échanges euro-indiens ont atteint 124 milliards d’euros, en 2023, ce qui représente plus de 12 % du commerce extérieur indien.

La France va-t-elle y gagner ?

Berlin souhaite en fait que s’accélère un processus entamé de longue date, déjà, entre Bruxelles et New Delhi, et qui aurait déjà dû être finalisé fin 2025. Et c’est pourquoi Friedrich Merz, au beau milieu de sa visite en Inde, a appelé ses homologues européens à en finir au plus vite. « Afin d’exploiter pleinement le potentiel de nos relations économiques, nous devons désormais conclure de toute urgence les négociations relatives à un accord de libre-échange entre l’Inde et l’UE »a-t-il insisté, comptant bien sur la signature définitive d’un accord lors du voyage en Inde d’Ursula von der Leyen, le 27 janvier prochain.

Selon les chiffres officiels de Paris, la balance commerciale entre la France et l’Inde ne nous est guère favorable, avec un déficit de 1,6 milliard d’euros en 2024. Et la croissance des échanges entre nos pays s’est ralentie récemment, passant de 6,6 à 3 %, de 2023 à 2024. Notre export vers l’Inde est soutenu avant tout par quelques fleurons techno-industriels comme Thales, Dassault Aviation, Safran et Airbus. Nos ventes de produits pharmaceutiques sont, en revanche, en net recul.

L’Inde nous vend, de son côté, de plus en plus de produits textiles et en cuir, et surtout de téléphonie et de produits pharmaceutiques. Voici pourquoi, s’il demande à être étudié plus en détail, l’accord prévu entre Bruxelles et New Delhi, qui prévoit un volume important d’achat de ces produits, risque fort de pénaliser les acteurs français de ces secteurs, déjà en difficulté. Mais, sans doute trop occupé par le service après-vente du désastreux accord du Mercosur, ainsi que par son projet de haut-commissariat à la diversité, Emmanuel Macron n’a pas prévu de voyage à New Delhi et ne s’est guère montré disert, pour l’instant, pour expliquer comment il comptait défendre nos intérêts face à l’Inde.

Etienne Lombard

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