
Décolonialisme
Dans ce nouveau piège à électeurs, plusieurs ingrédients : le premier, le décolonialisme. Mettre d’abord en avant l’Algérie, dont la guerre d’indépendance a été mythifiée et qui tient la dragée haute à la France. La Palestine, aussi. En mélangeant de préférence l’une à l’autre. Rima Hassan y excelle.
Le 13 décembre dernier, sur la chaîne YouTube Parole d’honneur, Rima Hassan, a expliqué que « l’Algérie proposait aux pieds-noirs de rester mais qu’ils [étaient] partis car ils trouvaient insupportable de vivre à égalité avec les Algériens ». Mais bien sûr, ces gens-là ont tout quitté en quelques heures, laissant leur maison en l’état, avec encore sa vaisselle dans les placards et ses tableaux sur les murs, sans rien prendre d’autre qu’un baluchon et leurs enfants par la main, simplement parce qu’ils ne voulaient pas vivre à égalité avec les Algériens. Et les harkis non plus ne voulaient donc pas vivre à égalité avec les Algériens. Exit les exactions du FLN, les massacres d’Oran, les disparus dont seul, ou presque, le Mur des disparus, à Perpignan, conserve la mémoire.
C’est l’exact discours du régime algérien. Rima Hassan a appris par cœur, à la virgule près, la propagande de Salah Guemriche, intellectuel algérien proche de Simone de Beauvoir qui, selon Wikipédia, vit depuis 1976… en France. Et le média algérien El Moudjahid, après avoir cité ces propos, de se lamenter : « Un exode de près d’un million de personnes, dont une large partie constituait les cadres techniques, administratifs et économiques. Ce fut une hémorragie de compétences qui a fragilisé l’État naissant. » Salauds de pieds-noirs auxquels on donnait le choix entre la valise ou le cercueil et qui, à tout prendre, ont préféré la première option, « fragilisant l’État naissant ». Si l’Algérie est à l’arrêt depuis 60 ans, c’est leur faute, pardi !
Dégagisme
Deuxième ingrédient, le dégagisme… Afuera les gauchistes de souche : la nouvelle génération LFI qui se qualifie elle-même de « racisée » ne veut plus être une marionnette infantilisée par des néocolonialistes prétendant parler en son nom.
C’est du reste Rima Hassan (toujours elle) qui a presque sifflé le coup de départ du balltrap, s’exclamant, sans crainte d’humilier Mathilde Panot à ses côtés, que « l’ère du porte-parolat [était] révolue », que « l’antiracisme [avait] besoin de voix et de visage incarnés ».
Mais avant elle, il y avait eu Aly Dioura, dans un débat sur StreetPress face à Raquel Garrido, qu’il a d’ailleurs fini d’évincer de son poste de députée.
Sur la chaîne Nouvel Élan 93, ces derniers jours, Aly Dioura va encore plus loin : « Moi, mon sujet, c’est les gens de chez nous, c’est les Noirs et les Arabes qui ne votent pas » : c’est « sa mission », « son combat ». Et de fustiger, au passage, les « gens de gauche » : « Très souvent, si on ne leur met pas le couteau sous la gorge, entre guillemets, ils ne te prennent pas, car tu es un grand risque, t’es le plus grand risque qui existe pour eux, t’es un rebeu t’es un un renoi, t’habites les cités, tout le monde te connaît. »
Mais Sébastien Delogu, venu soutenir en meeting Bally Bagayoko, tête de liste commune LFI/PC pour la mairie de Saint-Denis-Pierrefitte, n’est pas en reste non plus, vantant, récemment lui aussi, l’« opportunité en or » d’« enfin » élire « un racisé » afin que « le réel peuple de France reprenne le pouvoir ici ». Rappelons qu’en 2017, Éric Coquerel disait déjà qu’« il fallait que les maires du 93 aient la couleur de peau du 93 »… message entendu 5 sur 5. Rappelons que de l’arroseur à l’arrosé, il y a à peu près la même distance que du Capitole à la roche Tarpéienne. Il suffit d’être patient.
Il y a, enfin, la petite vidéo de Danièle Obono à la fête de l’Humanité. Pour elle, « l’un des problèmes de la fête de l’Huma, c’est que c’est la fête de la gauche blanche ». Elle ne « s’y sent pas chez elle ». Ça lui « fait honte », « comme les amphis de LFI », d’ailleurs, car « c’est cette image de la gauche qui est renvoyée à des millions de gens ». Imagine-t-on une demi-seconde, au Maghreb, une personne publique se lever pour se plaindre, lors d’une fête populaire, de voir trop d’Arabes ? On nous répondra, bien sûr, que cela n’a rien à voir.
Fête de l’oumma
Au cours de cette même table ronde, une jeune femme voilée, Sarah Bennani – présidente de Jeunesse populaire, une association créée pendant les élections législatives de 2024 -, intervient pour dire son indignation : « La fête de l’Huma, je n’ai jamais vu plus blanc que blanc, j’ai vu un cochon qui était en train d’être rôti ce matin, enfin, c’est pour vous dire le niveau de… » Elle cherche le mot : « …d’écologie décoloniale ». Danièle Obono la couve d’un sourire bienveillant. C’est vrai qu’en France, voir des Blancs consommer du cochon, il y a vraiment de quoi se scandaliser. La fête de l’Huma doit d’urgence se muer en fête de l’oumma.
C’est la rhétorique du eux contre nous, avec en arrière-plan une revanche à prendre sur « eux » qui « nous » ont colonisés, sachant que « nous » sommes nettement mieux qu’« eux ». C’est ce qu’exprime Carlos Bilongo, sur la chaîne « La Librairie africaine » sur YouTube : « Nous sommes plus intelligents qu’eux, plus résilients, et nous faisons plus d’enfants », fustigeant la « pauvreté intellectuelle dans les territoires, dans le nord de la France ».
Sauf que cette alliance des quartiers populaires interroge : factice, elle ne vit que par cohésion négative conte la France. Aly Dioura, dans sa vidéo, se dit « DZ » – c’est-à-dire algérien -, mais il est franco-gambien : rien à voir ! Et quel est le vrai ciment ? Carnation ou religion ? Les Tchétchènes sont-ils considérés, par exemple, parmi « nous » parce que musulmans ou parmi « eux » parce que dotés d’une peau claire ?
Sans compter que même L’Humanité et Le Monde en conviennent, le « racisme anti-Noir » est une réalité au Maghreb. Combien de temps, donc, va durer ce mariage bancal ?
Mais, surtout, que vont devenir nos chers amis de LFI canal historique ? Jean-Luc Mélenchon n’est-il pas un pied-noir du Maroc ? La boucle est bouclée. L’appellera-t-on bientôt Jean-Luc Baluchon ? Allez, ouste !
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