Mes chères impertinentes, chers impertinents,
Je voulais prendre quelques instants pour partager avec vous quelques réflexions sur le drame de Crans-Montana. Il ne s’agit pas ici de critiquer bêtement les parents ou les enfants. Ce n’est pas le sujet et ce serait indécent compte tenu de la souffrance de chaque famille endeuillée. Personne ne devrait mourir dans un incendie un jour de fête. Ceci étant posé, tentons de réfléchir un peu.
Il y a un vrai problème de discrimination dans les normes. Par nos Etats, nos institutions, nos contrôleurs, tout est souvent mis ou presque au même niveau, on va traiter de la même manière des risques pourtant très différents. C’est valable en Suisse comme en France. Tout ne se vaut pas, tous les risques ne sont pas les mêmes, et bien souvent à trop vouloir en faire, plus rien n’est bien fait. A trop protéger on termine par ne plus rien protéger du tout. A cela vous pouvez rajouter souvent les passe-droits, la corruption parfois, l’incompétence régulièrement. Vous obtenez un dangereux cocktail.
Il y a également un vrai problème d’inculture du risque et c’est un problème général. Nous n’enseignons pas les bons réflexes à nos enfants, nous ne développons pas de culture de la prudence et de la prévoyance. C’est valable encore plus en France qu’en Suisse, car les Suisses sont parmi les mieux préparés au monde. Enfin, nous ne prenons pas en compte la psychologie humaine qui nous empêche souvent de réagir aussi vite qu’il le faudrait.
« Papa je rentre, y a rien qui va ».
Le témoignage de ce papa est très important, parce que son fils avait compris que cela n’allait pas. Il était jeune mais il avait compris que cela n’était pas bon. Il n’aura pas eu le temps de retrouver les siens. Il y était presque et cela doit nous inspirer quelques réflexions. Quand rien ne va, alors rien ne va. Mais quand on veut bien faire on se dit que l’on peut rester quelques jours. Ces quelques jours de plus ont été fatals à ce jeune homme qui avait la vie devant lui. Le coupable n’est pas ce garçon, mais ceux qui ont pris toutes les décisions conduisant à ce drame. Mais quand rien ne va, alors rien ne va et c’est dans ces cas-là qu’il faut prendre ses affaires et partir sur le champ. C’est hélas toujours plus facile à dire qu’à faire. Mais c’est justement pour cela qu’il faut prendre cet exemple précis. C’est justement cela la vraie culture du risque.
La vraie culture du risque c’est voir ce qui doit être vu.
La vraie culture du risque c’est de rentrer dans un bar, dans une salle de spectacle et savoir par où l’on peut en sortir, c’est monter sur un navire de croisière et savoir où sont les canots de sauvetage.
La vraie culture du risque c’est dépasser les biais de conformité, les usages ou la politesse pour savoir prendre la décision, toujours difficile, de ne pas faire, de cesser de faire ou de refuser de faire.
C’est terriblement difficile parce que cela implique par exemple de perdre son travail, ses revenus, peut-être même son permis de travail en Suisse. C’est donc des décisions terriblement difficiles. C’est à cela que nous devons préparer aussi nos enfants et nos jeunes, pour que leur vie ne se termine pas brutalement et précocement dans un bar en feu où rien n’allait.
D’un point de vue patrimonial, professionnel, c’est la même chose.
Il faut développer notre culture de la sécurité financière, de la sécurité professionnelle. Il faut savoir anticiper, se former pour améliorer son employabilité et assurer sa sécurité professionnelle, de la même manière mettre de côté, épargner, placer, c’est assurer et développer sa sécurité financière.
La sécurité, la prévoyance ne sont pas des options. C’est une obligation. Une obligation, que, nous, les adultes, ne devons jamais oublier d’enseigner à nos enfants pour qu’ils soient résilients, solides, rapides, vifs, préparés à affronter des situations difficiles nécessitant de prendre des décisions immédiates.
Il est toujours plus facile de prendre des décisions difficiles quand on a les moyens devant soi, que l’on a quelques sous. C’est pour cela aussi que la liberté financière est un outil de la culture du risque. C’est parce que j’épargne que je me « libère ». Si je dépense 2 000 euros par mois, alors chaque tranche de 2 000 euros épargnée c’est un mois de liberté acheté. Les Anglo-saxons ont une expression peu élégante. C’est la « fuck-you money », ou l’argent qui permet de dire « va te faire foutre ». Plus vous avez d’argent, plus vous pouvez vous permettre d’envoyer paître votre patron de bar. Quand nos enfants sont jeunes, nous les parents, leurs parents nous sommes leur « fuck-you money ». Quand rien ne va, il peuvent rentrer chez papa-maman.
Ce jeune homme ne pourra pas rentrer chez papa-maman et dans ce drame il nous rappelle une règle essentielle. Quand rien ne va, rien ne va. Faites-vous confiance.
Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.
Préparez-vous !
Charles SANNAT
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