
Un vingt-troisième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, extrait de propos de Louis de Bonald.
Des systèmes analogues ont régné dans le XVIIIe siècle sur l’ordre général et sur l’ordre particulier des choses :
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Dans l’univers, l’harmonie a résulté de l’opposition réciproque des êtres et des éléments ;
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Dans le monde politique, de l’équilibre politique des États ;
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Dans chaque gouvernement, de la balance des différents pouvoirs ;
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Dans l’homme lui-même, du choc des passions contraires, « la sublime vertu, la sagesse éclairée », dit Helvétius, « sont le fruit des passions ».
C’est-à-dire que les mêmes philosophes n’ont vu partout que de grands combats, et ont voulu constituer l’homme, l’État, le monde politique, l’univers entiers, par des équilibres de forces opposées ; au lieu que la nature établit partout de grands pouvoirs , et constitue l’homme, l’État, le monde politique, l’univers par une direction unique de forces communes : l’homme, en subordonnant ses passions au pouvoir de sa raison ; l’État en subordonnant les hommes au pouvoir d’un homme ; l’univers, enfin, en subordonnant tous les êtres au pouvoir d’un être, le premier et le seul nécessaire des êtres ; analogie parfaite, rapports semblables dans des systèmes différents, d’où naissent l’ordre dans chaque partie du système général et l’harmonie entre toutes les parties : balance, équilibre, lutte entre des forces opposées, où le repos est un accident et la guerre un état : petites images dont on a voulu faire de grandes idées. La balance des pouvoirs, idée fausse, puisqu’elle suppose plusieurs pouvoirs dans un même État et qui n’est au fond que l’insurrection des fonctions contre le pouvoir dont elles émanent, soutenue par Montesquieu, a été mise, par l’expérience de la Révolution, au rang des plus funestes chimères qui aient égaré les esprits et troublé les États…
L’équilibre n’entre donc pas dans le système naturel du gouvernement des sociétés ; et l’on peut même avancer que tant que des peuples voisins, ou même des partis différents sont en guerre les uns contre les autres, ils cherchent à se mettre en équilibre ; et que, tant qu’ils cherchent l’équilibre, ils sont en guerre : cercle vicieux dont ils ne peuvent sortir qu’en recourant à l’unité des pouvoirs.
C’est là l’histoire de tous les peuples et la cause de tous leurs débats…
L’histoire de la Grèce n’est que l’histoire de l’éternelle rivalité de Sparte et d’Athènes troublées au-dedans par la balance des pouvoirs, cherchant au dehors l’équilibre entre elles, se détruisant l’une l’autre et bouleversant leur pays, de peur, disait Cimon, de laisser la Grèce boiteuse, ou de rester l’une ou l’autre sans contrepoids : car on voit que l’idée d’équilibre avait commencé chez les Grecs comme toutes les idées fausse et subtiles en morale et en politique.
Dans cet équilibre des peuples, la balance pencha toujours du côté où Rome mit sa pesante épée.
https://www.actionfrancaise.net/2026/01/03/une-question-de-systemes/
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