
Le 31 décembre à minuit, 14 anciens Premiers ministres sont descendus de leur voiture officielle. La décision de Sébastien Lecornu visant à mettre un terme à leurs privilèges à partir du 1er janvier les contraignait à rentrer à pied. Par un froid glacial, Édouard Philippe traversa les quartiers sensibles du Havre. Dépourvu de protection policière qui venait également de disparaître, il rasa les murs jusqu’à son domicile. Au même instant, d’anciens ministres de l’intérieur connaissaient le même sort. Au total, 24 chauffeurs et 24 officiers de sécurité quittaient leurs fonctions, laissant les intéressés abandonnés au rigueurs de l’hiver.
Chaque année, 1,58 million d’euros ne sortiront plus des caisses de l’État pour assurer le déplacement de l’ensemble des concernés. Leur solitude face à ce monde cruel permettra d’économiser 3 millions d’euros. Quelques petits sous pour l’État, une fortune pour les Français.
« Comment je fais, alors ? »
La mesure laisse les pantouflards de la République exsangues et sans recours. La cas d’un ex-ministre pluriel de Lionel Jospin est évoqué dans les colonnes de La Dépêche. Daniel Vaillant, qui veilla sur notre sentiment d’insécurité de 2000 à 2002, n’a pas conduit une voiture depuis 25 ans. « Comment je fais, alors ? », s’interroge le socialiste. Les modèles ont changé. Propulsés par des réacteurs, les véhicules actuels survolent les villes à des vitesses subsoniques. Un homme de 76 ans qui n’a pas touché un volant (même de badminton) depuis des décennies ne peut maîtriser de tels engins. L’ex-jospineur se déclarant « pas en bonne santé », l’altitude pourrait aggraver son état. « C’est un changement de vie », déclare-t-il au quotidien. Mon empire pour un contribuable sur lequel me jucher pour mes déplacements dans la capitale !
Exonérés de ces privations dramatiques, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls conservent leurs prérogatives. Le premier pour sa présence au pouvoir lors des attentats de 2015, le second pour ses aller et retours incessants entre son domicile et la grille de l’Élysée. Les fin de non-recevoir s’avèrent parfois abruptes, les retours à la maison peu chaleureux. Limousine aux vitres blindées et protection policière continueront d’assurer la sécurité du postulant.
Avec une pertinence à laquelle elle ne nous avait pas habitués, Cécile Duflot dénonce les dérives des voitures de fonction défiscalisées dans le secteur privé. Les trois quarts des Porsche serviraient à déplacer les dirigeants, ainsi que la voiture la plus chère du monde, la Ferrari Daytona, dont trois exemplaires sur quatre seraient dévolus au labeur de ces mêmes chefs d’entreprise. Selon l’ex-secrétaire des Verts, le manque à gagner pour l’État serait de 1,8 milliard d’euros. À cœur Vaillant, rien d’impossible ! Une Formule 1 pour Daniel et n’en parlons plus.
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