Cette accumulation de griefs laisse effectivement perplexe. Car le Kirghizstan est aussi l’un des plus grands pourvoyeurs de djihadistes partis combattre au Moyen-Orient. Si le pays reste relativement épargné par le terrorisme sur son sol, il demeure une terre de recrutement pour l’État islamique. Dans ce contexte, empêcher le pouvoir d’agir est-il irresponsable ?
Le beurre et l’argent du beurre
Bien sûr, les rapporteurs européens ont également déploré « des mesures de répression ciblant particulièrement les personnes LGBTIQ+ », rappelant que plusieurs organisations de premier plan ont été démantelées et qu’une loi adoptée en août 2023 introduit des dispositions jugées discriminatoires. Ils regrettaient encore que le projet de loi anti-discrimination n’ait pas inclus l’orientation sexuelle ni l’identité de genre, et ont invité le pays à « adopter une législation complète contre la discrimination, incluant l’orientation sexuelle, le genre, le handicap et l’ethnicité ». Les rapporteurs ont enfin dénoncé « les taux élevés de violence domestique » et le manque de parité dans les institutions du pays. L’UE poursuit sur ses rails sans la moindre analyse de la situation locale.
Les droits des LGBT sont malmenés dans de nombreux États musulmans ou dans certains pays à majorité musulmane, et les droits des femmes peinent souvent à s’y maintenir, lorsqu’ils y existent.
L’eurodéputée du groupe des Conservateurs et Réformistes européens, qui a tenté sans succès de faire adopter un amendement pour supprimer cette critique du texte, ne cache pas son exaspération : « On ne peut pas laisser une population sombrer dans l’archaïsme religieux. » Pour elle, l’Europe donne ici une nouvelle preuve de son décalage avec les réalités du terrain en reprochant au Kirghizstan « les mesures fortes qu’il prend pour lutter contre l’islam radical » qui prend de plus en plus d’ampleur dans le pays. Et d’ajouter : « Demain, le fera-t-elle pour la France ? »

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