La tentation de la guerre civile

Le risque d’embrasement communautaire hante les esprits depuis longtemps – il suffit de rappeler Le camp des saints de Jean Raspail ( 1973) – mais l’islamisme lui a donné une résonance tragique Et une brutale accélération. Alors, demain la guerre civile ?

« Les longues périodes de paix favorisent certaines illusions d’optique. L’une d’elles est la croyance que l’inviolabilité du domicile se fonde sur la Constitution, est garantie par elle. En fait, elle se fonde sur le père de famille qui se dresse au seuil de sa porte, entoure de ses fils, la cognée a la main. »

Ernst Jünger Traité du rebelle ou le recours aux forêts.

Demain la guerre civile ? La thèse à longtemps été tenue pour une incongruité d’agités du bocal par les mêmes personnes qui, aujourd’hui, s’agitent en répétant le mot sans en comprendre toutes les conséquences, comme grisées par leur audace. Eric Zemmour eut en son temps à subir les foudres des bien-pensants quand il avait évoqué que la « France était, historiquement, le pays des guerres civiles et des guerres de religion ». Désormais, la guerre civile s’affiche à la une des magazines et des émissions de télévision.

Chez les socialistes, Malek Boutih, ancien président de SOS Racisme, avait le premier évoqué une « guerre en pointillé », dans un rapport rendu public en juillet 2015. Pour Andre Gérin, député maire honoraire communiste de Venissieux, qui ne s’embarrasse plus de circonvolutions depuis longtemps, pas de doute, « tous les ingrédients d’une guerre civile sont réunis »(1.) Après l’attaque terroriste dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray le président de la région Normandie, Hervé Morin, a lui aussi pointe du doigt la « menace d’un embrasement de la société française, d’une espèce de guerre civile ». Michel Onfray nomme les choses clairement : « la France est entrée dans une généalogie de guerre civile ». Pour le philosophe normand, la guerre civile définit une situation dans laquelle, « au nom d’idées divergentes – ici la théocratie islamique contre la démocratie républicaine – ces Français massacrent d’autres Français ». Le sociologue Jean-Pierre Le Goff est, quant à lui, plus mesuré, mais pas moins pessimiste. La France est, selon l’auteur de Malaise dans la démocratie, en « plein chaos » et, dans ce « moment critique », des conflits peuvent éclater y compris des « formes de guerre civile larvée, prenant une tournure ethnique ».

Le risque d’embrasement hante les esprits. Le patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), Patrick Calvar a averti les députés de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre : « Nous sommes au bord d’une guerre civile ». Très politique, le haut fonctionnaire compte la « tentation des populismes », la « fermeture des frontières » et le « repli sur soi » parmi « les énormes problèmes », auxquels ses services doivent faire face.

Le monde de Mad Max

Sur les étals des librairies, le feu se propage ! Dans Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion), le narrateur nous a prévenus « La France, comme les autres pays d’Europe occidentale, se dirigeait depuis longtemps vers la guerre civile, c’était une évidence », déclarait-il avant de prendre |’autoroute du Sud-Ouest et de découvrir, dans une station-service dévastée, une scène d’apocalypse. C’est d’ailleurs la même autoroute qu’emprunte le héros de Jean Rolin dans Les Evénements (POL). Ce dernier doit éviter les Unitaires « ZUZUS ») et les membres d’Aqbri (Al-Qaeda dans les Bouches-du-Rhone islamiques) s’il veut arriver sain et sauf jusqu’à Marignane pour remettre un colis au chef d’une milice nationaliste. Le ton se veut détaché voire goguenard. « Al-Qaeda dans les Bouches-du-Rhone islamiques, je voyais ça comme un gag, a expliqué l’ancien maoïste devenu grand reporter Maintenant ça fait moins rire avec les mecs de Lunel partis en Syrie ». L’auteur se refuse à donner un point de vue à son livre. On a l’impression de lire une brochure de tourisme.

Le roman de guerre civile est en passe de devenir un genre à part entière. « Vivez l’apocalypse des trois derniers jours de la France », claironne la publicité de Guérilla. Le jour ou tout s’embrasa. le prochain livre de Laurent Obertone, publié chez Ring. En couverture, la tour Eiffel menace bien évidemment de s’effondrer. On pourra lui préférer Demain les barbares. Chroniques du grand effondrement de Franck Poupart (Amazon), qui, sil n’évite pas quelques cliches cinématographiques, relègue Poitiers demain de Philippe Randa (Dualpha) dont la parution avait défrayé la chronique au rang de conte pour enfants. Franck Poupart à pour lui une écriture inspirée et énergique, dénuée de surcroit de tout manichéisme.

Ce n’est pas le cas de tout le monde, et notamment de l’essai La guerre civile qui vient (Pierre-Guillaume de Roux) du journaliste du Figaro Yvan Riouffol qui annonce lui aussi une « guerre civile qui s’avance à pas de loups », mais tout en défendant la guerre de George Bush contre « l’islamofascisme » en Irak ! En deux cents pages, on ne saura pas grand-chose de cette guerre civile qui vient, sinon que les coulisses de RTL et des plateaux de télévision sont peuplées « de Doriot et de Déat », prêts à capituler devant les « nazislamistes ».

Pour réussir a entrevoir ce qui nous attend, il vaut mieux se tourner résolument vers la Suisse. Bernard Wicht, professeur à l’université de Lausanne, a publiée deux essais passionnants Une nouvelle guerre de Trente ans ? (Le Polémarque) et L’Europe Europe. Mad Max demain (Favre). Pour lui, l’Europe entre dans ce que Fernand Braudel qualifie de « zones des désordres prolongés », c’est-a-dire une « spirale de conflits chaotiques et de violences anarchiques “à l’africaine” ». Violences anarchiques, guerres privées, prédation sauvage, « autrement dit un monde plus proche de Mad Max que de Germinal ou d’Orages d’acier ».

Une analyse recoupée par Eric Werner dans son maitre ouvrage L’avant-guerre-civile (réedite par Xenia), qui met en lumière une collusion profonde entre le pouvoir moderne et les forces du chaos.

1). Lettre du 2 décembre 2015 au secrétaire national du PCF Pierre Laurent.

Pascal Eysseric éléments N°162 septembre-octobre 2016

Un commentaire sur “La tentation de la guerre civile

  1. Mes chers Amis,

    Oui, le danger est bien réel. La cause ne serait-elle pas tout simplement notre manque de Foi? Le Carême qui vient de commencer me semble être une excellente occasion pour prier, méditer, contempler, jeûner, faire pénitence, pour les croyants, fréquenter les Sacrements, l’oraison mentale, l’élévation à Dieu, se dévouer à son prochain, nous sommes tous frères, descendant tous d’un seul couple! Ne pas juger non plus, en effet nous n’avons pas le droit de nous juger nous-mêmes! QUE L’ON CROIE OU NON, C’EST BIEN DIEU QUI NOUS JUGERA TOUS!

    TrÈS HUMBLEMENT VÔTRE, LE PAUVRE PÉCHEUR QUE JE SAIS ÊTRE!

    LE SAVOIR EST DÉJÀ UNE UNE IMMENSE GRÂCE DIVINE!

    ET LE ROSAIRE, L’OUBLI DE SOI, L’OFFRANDE, LE SACRIFICE!

    PARDON POUR CES SIMPLES PETITS MOTS:NE PENSONS-NOUS PAS UN PEU TROP À NOUS ET N’OUBLIONS-NOUS PAS CEUX QUI SOUFFRENT, RISQUENT LEURS VIES?

    NE SOYONS PAS DOUILLETS, SORTONS DE NOTRE ÉGOÏSME, NOUS N’EXISTONS QUE POUR SAUVER NOS ÂMES!

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